Shazam : pourquoi c'est une énorme déception, pas très rassurante pour la suite de DC

On revient sur Shazam!, le nouveau film DC.

Batman v Superman : L’Aube de la justiceJustice LeagueWonder WomanSuicide SquadAquaman... DC est capable de tout, du meilleur comme du pire, selon les films - et les avis bien sûr.

Shazam!, sur un tout nouveau héros bien connu des amateurs de comics, est le nouveau de la bande. Vendu sur son côté cool et décomplexé, le film est à nos yeux passé à côté de ses ambitions, comme expliqué dans notre critique.

On revient sur le meilleur et le pire du blockbuster du DCEU.

ATTENTION SPOILERS !

 

LE MEILLEUR

LES PERSONNAGES SECONDAIRES

Dans la plupart des blockbusters super-héroïques, les personnages secondaires sont renvoyés à une nature purement fonctionnelle, et ne sont là que pour servir les plats au personnage principal, ou articuler mécaniquement l’intrigue.

Mais pas dans Shazam!. La logique de l’adaptation voulait bien sûr que notre héros soit un orphelin, mais on ne s’attendait pas à ce que le film mette autant de cœur et de sincérité dans le portrait des membres de sa famille d’accueil. Le temps d’une séquence particulièrement efficace, le film sait ainsi offrir une vraie personnalité à Victor et Rosa Vasquez (interprétés par Cooper Andrews et Marta Milans), mais aussi aux mômes qu’ils ont recueillis, sans jamais s'enferrer dans la niaiserie.

Papa Shazam

 

Preuve en est avec Jack Dylan Grazer, qui a la lourde tâche de rendre supportable un véritable cliché sur pattes, à savoir le geek chargé de souligner dans les dialogues tous les éléments de l’intrigue, pour assurer au studio que le public comprendra bien toute la complexité du scénario.

Malgré cette croix à porter, le personnage de Freddy Freeman s’avère singulièrement touchant et attachant, parce que le scénario lui laisse un peu d’espace, notamment pour exprimer ses frustrations et son désir d’attention. De même, on ne s’attendait pas à voir Shazam! traiter aussi frontalement et humainement de l’abandon d’un enfant, le temps d’une séquence sobre portée par l’excellente Caroline Palmer.

Tout le monde a besoin d'un super-héros

 

LA SURPRISE FINALE

Shazam! n’a à peu près aucune ambition narrative et s’assume comme une comédie pour les tous petits. Une orientation parfaitement respectable, confirmée par le traitement que fait le film de sa mythologie originelle, transformée en une série de gags plus ou moins subtils.

Par conséquent, on ne s’attendait pas à voir le scénario embrasser un pan de l’univers de Shazam parmi les plus attachants, à savoir la Shazam family. Une façon d’étendre brusquement le monde qui nous a été présenté, de décupler les possibilités d’éventuels futurs épisodes, et surtout de traiter avec intelligence toute une galerie de personnages.

Il eut été très facile de laisser la sympathique brochette d’orphelins en arrière-plan, et de les agiter vite-fait pour rendre plus sympathique encore notre jeune héros. Mais non, le film fait le joli choix de leur conférer des pouvoirs, quitte à trahir un peu leurs fonctionnements originels. Il n’empêche, le résultat est une plaisante montée en puissance d’une brochette de protagonistes à la marge, qui retrouvent dans la solidarité une forme de puissance et d’héroïsme.

Surprises de la puberté

 

LE MOYEN

ZACHARY LEVI 

Impossible de lui enlever au moins une chose : Zachary Levi met beaucoup, beaucoup d'énergie et d'enthousiasme dans son interprétation. L'acteur de la bien-aimée Chuck (mais aussi de Heroes Reborn et la saison 2 de The Marvelous Mrs. Maisel) redouble d'effort pour incarner la douce bêtise et insouciance d'un môme dans le corps d'un surhomme.

Malheureusement à l'écran, le résultat est mitigé. Zachary Levi assure comme il peut le show côté humour, avec le peu que lui offre le scénario. Mais il peine à donner véritablement vie à ce personnage, auquel il manque des nuances, des fragilités, de l'humanité. Ce Shazam reste une vague blague du début à la fin, sans une vraie évolution ou incarnation.

Jamais le super-héros ne semble sortir de cette case du lol pour devenir un personnage, et un prolongement de l'enfant Barry Batson. Zachary Levi gesticule dans tous les sens, mais rien n'y fait. C'est d'autant plus dommage que l'idée reste belle, et que le gamin, lui, est interprété avec plus de finesse par Asher Angel.

Se cacher derrière un môme (au sens propre et figuré)

 

LES EFFETS SPÉCIAUX 

Là encore, mi-figue mi-raison. Les éclairs sont amusants, et une poignée de plans (montrés dans la bande-annonce) sont réussis, à l'image de ce très beau saut symbolique où Barry devient Shazam pour aller sauver ses proches. De manière générale, la transition entre l'enfant et le super-héros est bien gérée, notamment grâce à des effets de lumière malins.

Le reste du temps, ce Shazam! est moins convaincant. En plein jour, le super-héros a moins de classe, et laisse une impression d'effets moins fins et travaillés. Des péchés capitaux en CGI aux moments où le héros s'envole, le film de David F. Sandberg a pas mal d'images malheureuses, qui souffrent à la fois d'une imagerie de synthèse moyenne et d'une mise en scène incapable de les habiller comme il se doit. Pour un personnage magique si excitant sur le papier, c'est bien dommage.

Sans nul doute l'une des images les plus réussies du film

 

L’HUMOUR 

Non seulement la promo a montré une très grosse partie des blagues du film, mais Shazam! reste en plus modérément fun. Il n'est pas impossible de pas rire, et seulement esquisser deux ou trois sourires - et encore, plus devant les intentions que la scène elle-même.

La confrontation aérienne finale entre Shazam et Sivana, l'illustre à merveille : l'idée de moquer les discussions et mises en scène grandiloquentes des climax est très amusante, mais à l'écran, ça manque cruellement de rythme, de précision, et de maitrise. Même le montage génération Youtube des exploits de Shazam (Heroes avait fait la même en sérieux, il y a 13 ans) est facile, et particulièrement éventé après les bandes-annonces.

Aquaman avait lui aussi des problèmes au niveau de l'humour , mais le film avait d'autres arguments, et ces gags n'étaient qu'un outil parmi d'autres. Le problème de Shazam!, c'est qu'il se positionne et se construit entièrement sur cette facette. Si le spectateur ne marche pas dans la combine, le film s'écroule. C'est un gros risque. Et un gros échec.

L'éclair du rire

 

LE MÉCHANT

La schizophrénie du projet s’exprime pleinement dans l’écriture de son méchant, Thaddeus Sivana. Premier personnage à apparaître à l’écran, il laisse d’abord croire que Shazam! souhaite hybrider un peu son programme de comédie pouêt-pouêt, via un trauma originel bien gratiné comme il faut. Gratiné, et surtout intéressant symboliquement, puisqu’il vient remettre en question la notion de héros « élu » et en dévoile le pendant obscur.

Sauf qu’après cette introduction forte et brutale, le scénario décide purement et simplement de l’annuler. Non seulement Sivana s’avère ne pas avoir tant que ça souffert des conséquences de la première séquence du film (le proche qu’on imaginait décédé est toujours de la partie), mais sa personnalité ne sera jamais plus développée.

Reste le casting de Mark Strong qui, comme toujours, porte bien son nom, et assure un peu de magnétisme à cet antagoniste aussi profond qu’un point noir d’adolescent. On regrettera que le film ne lui donne pas plus d’espace, ni n’ose développer sa très belle entrée en matière.

Shazam ! On oublie Green Lantern (ou pas)

 

LES CONNEXIONS AVEC LE DCEU 

DC a beau avoir pris ses distances avec le concept d'univers étendu à la MCU depuis la gamelle spectaculaire de Justice League, il serait inimaginable de totalement isoler un film des autres personnages. Voilà pourquoi Shazam! s'amuse à mettre en scène un adolescent fan de super-héros, qui admire Superman et Batman, et a même acheté sur internet une babiole collector. C'est aussi pour ça que la promo s'est amusée à parler d'un teaser d'Aquaman 2 le 1er avril, tandis qu'une scène coupée du film, où Superman est cité, a été utilisée dans une pub.

Tout cela relève du clin d'oeil innocent jusqu'à la toute fin du film, où Superman apparaît - d'une certaine manière. Pour se racheter auprès de son ami Freddy, Barry-Shazam lui rend ainsi visite dans la cantine, en compagnie de l'homme d'acier. Ou presque, puisque son visage est hors-champ. Seul son corps massif apparaît dans le costume modernisé, avant le générique de fin.

Un teasing sous forme de pied de nez, à l'heure où le futur du DCEU reste un brin confus (des dizaines de projets en stock, un nouveau Joker, un nouveau The Suicide Squad mi-reboot mi-suite). L'acteur a démenti, mais la rumeur d'un Henry Cavill sur le départ ne cesse de revenir, la faute à son retour en Superman encore en suspens. 

Zack Snyder est parti, Ben Affleck est parti, Amy Adams a elle aussi évoqué son départ, si bien que Cavill se retrouve seul représentant de la première ère DCEU. De là à imaginer que cette demi-apparition finale dans Shazam est la porte ouverte à un éventuel nouvel acteur...

Il manque le visage mais le corps est là

 

LE PIRE

L’ACTION 

Après un Aquaman qui débordait d'ambition et d'envies, quitte à plus ressembler à un best-of qu'à un film, Shazam a l'air bien maigrelet et timoré. Difficile de garder en tête une scène d'action spectaculaire, un moment grandiose ou même une idée de ce côté. 

David F. Sandberg n'est pourtant pas un manchot. Il avait prouvé dans Dans le noir et Annabelle 2 : La Création du Mal sa capacité à respecter un cahier des charges très ordinaire, tout en emballant quelques séquences très réussies, avec un vrai talent de mise en scène. Il n'y a rien de ça dans Shazamqui se contente de quelques cascades génériques(un bus qui tombe d'un petit pont), combats plats (du coup de poing et des murs fracassés), et poursuites insipides (la foule d'un centre commercial ou d'une fête foraine). C'est plus que limité, surtout à une époque où la figure du super-héros est si exploitée.

Le réalisateur David F. Sandberg

 

Jamais le film ne décolle et ne démontre une quelconque inventivité en la matière. Certes, il a coûté à peine 100 millions, soit moins que tous les précédents films DC, mais ce n'est pas la seule raison. La scène dans le magasin de jouet est frappante à ce niveau : le décor est judicieux vu le personnage de Barry Batson, et il aurait été possible d'en tirer une scène drôle, pleine de sous-textes, qui commente le genre à la manière du climax du premier Ant-Man. A la place, Shazam! se contente d'une grosse figurine de Batman, d'un champ-contrechamp, et d'un ennui très scolaire.

Même paresse dans la scène où les héros découvrent une galerie de portes magiques, qui ouvrent sur différents univers. Une idée plus qu'amusante, et une superbe occasion manquée puisque le film n'en tire que deux ou trois gags sans conséquence.

Et ce n'est pas ce climax dans une fête foraine, avec comme point d'orgue une ridicule roue qui menace de tomber (avec évidemment les deux petites brutes de l'école, et d'étranges figurants qui restent dans le coin malgré l'apocalypse en place depuis 10 minutes), qui arrange l'affaire.

Les éclairs c'est cool 5 min

 

LES 7 PÉCHÉS CAPITAUX 

Qui a envie de voir une version live super cheap, laide, et lourde du dessin animé culte Gargoyles, les anges de la nuit ? Personne ? Vraiment ? C’est bien dommage, parce que pour une raison mystérieuse, Shazam! passe un temps infini avec les 7 Péchés Capitaux, horribles gargouilles à la mocheté proverbiale, aux motivations basiques (dominer le moooooooooonde) et aux looks atrocement ratés.

Leur unique raison d’être est de pouvoir intervenir lors du climax afin de représenter une menace de taille pour la Shazam Family. Mal caractérisés, techniquement inaboutis et d’une grande laideur, ils souffrent également de l’incapacité du récit à concevoir ses scènes d’action.

En l’état, ils sont les pires symptômes d’une mythologie dont personne ne sait véritablement quoi faire, finalement réduite à l‘état de punching ball numérique. Tout aussi embêtant, ils rappellent que personne n’est à la barre en matière de direction artistique. Trop ridicules pour marquer, trop baveux pour ne pas effrayer quelques marmots, trop numériques pour satisfaire le cinéphile, ils représentent un spectaculaire ratage.

La galerie des horreurs

 

LA DIRECTION ARTISTIQUE  

Shazam a beau se passer à Noël, revendiquer une ambiance teen movie à la Big et mettre en scène un super-héros digne d'une grosse figurine plastique qui dénote dans la ville moderne, le film est d'une platitude effarante à l'écran. Le manque d'ambition et de personnalité est terrifiant, au point d'avoir sous les yeux le produit le plus aseptisé du DCEU - même Suicide Squad avait plus d'allure.

La photographie de Maxime Alexandre, qui avait donné de belles images dans les, pourtant fadasses, La Nonne et Annabelle 2 : La Création du Mal, est parfaitement plate. Les décors sont la plupart du temps très ordinaires. La gestion des effets spéciaux est elle aussi très bancale.

Le film tente bien des choses moins banales du côté de l'univers magique du sorcier, avec cette grotte et ces portes magiques, mais sans grande réussite. Le grand hall n'arrive pas à exister au-delà d'un unique décor très carton-pâte (ce qui là encore aurait pu être utilisé avec malice par le film), tandis que le reste se résume à des couloirs sombres et une poignée de courtes images.

Shazam! manque cruellement de style et c'est plus que regrettable vu les possibilités du personnage, le ton décomplexé du film, et le talent du réalisateur.

Une image avec du style, qui ne ressemble en rien au film

 

DJIMON HOUNSOU 

Vous voulez savoir à quel point les exécutifs de studio se soucient de la cohérence de leurs univers étendus ? Et bien ils s’en inquiètent suffisamment pour caster plusieurs fois un acteur, dans plusieurs rôles différents, sans s’enquiquiner à jamais le justifier décemment. Après avoir joué Korath dans Les Gardiens de la Galaxie puis dans Captain Marvel, on aurait pu croire la ganache de Djimon Hounsou inutilisable pour un moment dans les univers super-héroïques (à fortiori concurrents). Mais non.

Après avoir interprété le Roi Ricou en performance capture dans Aquaman, voici donc Djimon Hounsou sous les traits du sorcier Shazam dans Shazam!. Et peu importe que la suspension d’incrédulité du spectateur amateur de super-héros soit ainsi mise à mal, le métrage de Sandberg se charge d’achever le piétinement de cette icône de la mythologie DC.

Présenté comme un vieux gâteux incapable de se trouver un successeur digne de ce nom, le magicien nous apparaît comme un gag dépressif au costume vieillot, coincé dans un décor de carton pâte. Et tant pis pour la légende. Et surtout, tant pis pour cet excellent acteur, au charisme imparable, condamné à jouer les vignettes de luxe dans des productions qui se moquent de son potentiel comme d'une guigne.

 Rendons hommage à l'homme derrière les maquillages pourraves

 

LES SCÈNES POST-GÉNÉRIQUE

Devenues une quasi obligation à l'ère Marvel, ces vignettes de teasing et clins d'oeil divers et variés n'ont clairement pas inspiré l'équipe de Shazam!. C'est bien simple : les deux scènes post-générique du film ont tout de petites scènes coupées, écartées et offertes dans les bonus du DVD, où le spectateur pourrait alors constater à quel point elles étaient effectivement dispensables.

Un gros clin d'oeil aussi vide que pas drôle à Aquaman, puis un teasing d'une éventuelle suite encore plus grossier que celui de Carnage dans Venom, et voilà Shazam! qui tombe dans les plus mauvais pièges de la production industrielle du genre.

C'est particulièrement exaspérant sur la deuxième scène, où Mark Strong rampe dans une cellule, dans une mise en scène bien vieillotte. Si l'idée de voir Lex Luthor (emprisonné à la fin de Batman v Superman : L’Aube de la justice) traverse la tête du spectateur, il faudra à la place affronter Mister Mind. Oui, ce ver de terre de l'espace, capable de contrôler les esprits.

Un choix aussi curieux qu'audacieux sur le papier, mais plutôt ridicule à l'écran tant la scène est traitée au premier degré. A moins d'être connaisseur (et un film de ce type s'adresse à tout le monde par nature), il y a donc l'étrange impression d'avoir un spectre de Stephen Hawking dans le corps d'une larve au bord d'une fenêtre. En termes d'excitation pour la suite d'un blockbuster, on a vu mieux.

Réaction à chaud à la fin du générique

 

S'il devrait moins diviser que Batman v Superman : L’Aube de la justice et attiser la haine que Suicide SquadShazam! a tout du film le plus fade du DCEU. Moins énervant et raté que simplement insipide et sans saveur, le nouveau blockbuster DC est le gros raté de ce début d'année.