Terrified : critique d'une dimension spectrale

Passé presque inaperçu avant que Guillermo del Toro annonce produire un remake américain (toujours avec Demián Rugna à la réalisation), Terrified  (Aterrados en VO) nous est arrivé sans bruit sur Netflix, pourtant précédé d’une solide réputation après avoir raflé plusieurs prix en festivals, notamment celui du meilleur film au Montevideo Fantástico et à l’Austin Fantastic Fest.

 

LE CALEÏDOSCOPE ARGENTIN

Spectre à la J-Horror, fantastique à espagnole, shock horror à l’américaine, Terrified est une sorte de pot-pourri de tout ce que le cinéma d'horreur a à offrir qui est marqué d'une profonde volonté de se réapproprier les grandes mythes cinématographiques du genre, du zombie au slender man en passant par le fantôme et ses chasseurs. En investissant plusieurs maisons d'un même quartier, le réalisateur Demián Rugna redonne du souffle à des thèmes rabâchés par l'Hollywood contemporain. 

Depuis la sortie de Conjuring : les dossiers Warren, le film de James Wan datant de 2013, de son deuxième volet Conjuring 2 : Le cas Enfield et de ses spin-offs AnnabelleAnnabelle : La Création du Mal et La Nonne, la figure du fantôme et son idée ont pris une tout autre dimension. Rayonnant comme le slasher dans les années 80-90, le spectre est pourtant progressivement vidé de sa substance et du frisson qu'il provoque.

Alors certes, des réalisateurs tels qu'Ari Aster ont réussi à s'en emparer avec brio - on ne peut que se souvenir de la maestria avec laquelle il menait l'horreur dans Hérédité - mais force est de constater qu'hormis lui, ils sont peu nombreux à s'être décroché du background grisâtre ambiant.

Y'a rien sous le lit qu'ils disaient...

 

Avec son étrange mort-vivant, ses créatures à peine humaines, son idée que plusieurs dimensions sont imbriquées les unes dans les autres, faisant du monde une sorte de caléïdoscopeTerrified aborde avec originalité l'idée de la possession. Pourtant, si avec son métrage Demián Rugna s'inscrit dans la lignée des films d'Amérique du Sud qui émergent festivals après festivals, les ficelles de son scénario sont parfois bancales, souvent grossières.

Règle n°1 : Prier ne te sauvera pas 

 

ATTERADOS, DE TERRE ET D'OS

Il faut admettre qu'après son ouverture abrupte d'une violence spectaculaire, envoyant une jeune femme flottant dans les airs se fracasser contre les murs de sa salle de bain, les moments d'épouvante se font rares.

Histoire de justifier cette entrée brutale et sanglante, dont le niveau technique est plus que correct (contrairement aux effets sonores du film), Rugna déploie ensuite son récit sur plusieurs maisons du même quartier dans un flashback. Passant de voisin en voisin, d'étrangeté en monstruosité, Terrified ne prend jamais vraiment le temps d'instaurer une véritable angoisse, de détresse.

Règle n°2 : faire de son ouverture un moment sanglant 

 

Les premiers phénomènes évoqués dans la deuxième partie, ceux chez le voisin hanté par une créature osseuse et maladive qui se cache sous son lit (premier flashback) tombent dans les pièges grossiers de la tension : lit qui bouge pendant la nuit, utilisation d'une caméra pour filmer que l'oeil ne voit pas... La séquence s'achève en donnant un gros indice sur les phénomènes qui animent le quartier, tuant du même coup une partie du suspense.

Soudaine, la mort de l'enfant qui s'ensuit est un moment terrible qui sert à introduire un autre type d'horreur : le mort-vivant. Toujours pas de vrai moment de peur dans ce récit mais une exploitation habile cette nouvelle bizarrerie. L'enfant revenu de l'au-delà apporte le lot d'interrogations tensiogènes qui manquaient au récit, marquant le moment où les protagonistes reprennent le pas sur le récit et commencent à écrire l'histoire. 

Règle n°3 : Le zombie, ça marche à tous les coups 

 

ATTERRÉ MAIS PAS TERRIFIÉ

À partir du moment où Terrified fait entrer en scène son trio d’enquêteurs du paranormal (ceux qui reprennent les rênes de la narration), le film s’installe sur des rails encore plus évidents pour tout amateur de l'horreur et c'est vraiment dommage

On passera le sempiternel interrogatoire des trois chasseurs de fantômes pour connaître les détails des derniers jours dans le quartier, la transformation des maisons hantées en quartier général et tout l'attirail absurde déployé pour comprendre les phénomènes paranormaux, déjà vu cent fois. On passera aussi les quelques facilités de mise en scène et l'abandon en route de certains personnages car en règle générale le troisième acte est plus faible que les deux premiers.

Règle n°4 : Un enquêteur doit toujours être muni de sa carte vermeil 

 

Dans cet imbroglio de montage scénaristique grossier, une idée se détache du reste et redonne sa profondeur à un récit bien assez meurtri par tant de maladresses. Avec son idée d'un monde ou plusieurs dimensions se télescopent grâce à un fluide catalyseur, Terrified aurait pu être un épisode de Twilight Zone. Une idée intelligente qui apporte une épaisseur nouvelle aux jeux du visible et de l'invisble, puisque les choses ne se laissent connaître que si on les regarde selon un certain angle.  

Malheureusement, trop de choses restent en suspens - et certaines sont inutiles. Pourquoi l'eau est-il l'élément catalyseur ? Quelle est / quelles sont ces autres dimensions ? Comment et surtout pourquoi les humains se transforment-ils en ces espèces de spectres ?

résumé

"Tentative", c'est ce qu'Aterrados (le titre original du film) signifie, et c'est bien ce qu'est Terrified, une tentative à la fois intelligente et maladroite. Une idée originale de faire du monde visible un caléïdoscope où se rencontrent plusieurs dimensions, mais qui manque cruellement de singularité quand il s'agit d'amener et d'expliquer les phénomènes paranormaux.